Interview de Nicolas Bodin, responsable juridique d’Intercloud et responsable du comité des jeunes juristes de l’AFJE, à propos de digitalisation de la fonction juridique...

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Nicolas Bodin

Qu’est-ce qu’on entend par digitalisation de la fonction juridique ?

La digitalisation ou « numérisation » de la fonction juridique, c’est, en premier lieu la révolution des outils dont le juriste dispose.
C’est un mouvement qui a commencé il y a déjà plus de 20 ans. Aujourd’hui il parait totalement inconcevable de se passer du mail ce qui montre à quel point il a été
totalement intégré dans les méthodes de travail. Mais il n’en a pas toujours été ainsi ! Naturellement, Internet, le téléphone mobile ou encore les outils de travail collaboratif sont aussi venus profondément bouleverser la fonction juridique et l’entreprise en général.

Toutefois, ce à quoi nous assistons aujourd’hui est encore plus intéressant puisque la digitalisation et les innovations qui l’accompagnent s’intéressent désormais directement
aux fonctions juridiques. A titre d’exemple, le site doctrine.fr nous montre comment le Big Data peut s’appliquer de façon utile au droit. Ou encore le « Supreme Court Ideal Point Miner » qui est un modèle algorithmique ayant recours au « machine learning » qui a été jugé capable de déterminer à 79,5% les décisions des juges de la Cour suprême.

Et que penser de la multiplication des « robots avocats » ? Personnellement, je ne pense pas qu’il soit utile ou pertinent de se montrer alarmiste sur ce point, certaines de ces innovations auront du succès (et ne remplaceront pas tout de suite les juristes), d’autres non.

Mais toutes sont à prendre en considération. Et ce mouvement est indéniablement plus large et induit aussi une profonde mutation des différents acteurs du secteur juridique : les « Legaltech », ces start-up du droit, se multiplient et leur croissance explose. Sans entrer dans le détail de la qualité des prestations proposées, il apparait que les entreprises qui font appel à ces sociétés n’ont, pour la plupart, jamais fait appel à un avocat et ne disposent pas de juriste en interne non plus.

En quoi cette digitalisation a un impact sur le management de la direction juridique ?

Toutes ces nouvelles matières, du blockchain aux robots, doivent être appréhendées par la matière juridique et donc par les juristes (sans son acception large). De plus, comme je le disais, cette digitalisation ne se limite ni aux outils, ni aux environnements mais induit une profonde mutation de la pensée juridique, du métier et par induction, des juristes.
La véritable transition en marche, ce qui change réellement, c’est le facteur humain face aux nouvelles méthodes de travail et à l’innovation. Dès lors, inévitablement, le manager doit repenser les méthodologies, les priorités et l’organisation de ses équipes.
Le diplôme est une base solide, nécessaire mais non suffisante. Le juriste doit savoir utiliser les ressources que le numérique lui offre, pour travailler de façon plus collaborative, plus coopérative. Il doit être curieux, agile et être un excellent communiquant. La digitalisation conduit le juriste à se réinventer et à développer ses « soft skills » : au-delà du savoir et du savoir-faire, le savoir-être et le fairesavoir
sont des atouts précieux.

Il est aussi essentiel pour le manager de maintenir le juriste « à niveau » en termes d’innovations et de méthodologies. Il faut nourrir sa curiosité, l’entretenir et lui proposer une formation continue.

Pourquoi la digitalisation est un sujet incontournable pour les directions juridiques ?

Parce que les innovations portées par la digitalisation aujourd’hui sont les méthodes de travail au quotidien de demain. Il est donc essentiel de les appréhender pour mieux les maitriser. Ces évolutions sont une véritable opportunité pour les directions juridiques de devenir véritablement moteur de la transition numérique.

Et je reste persuadé que les interactions entre le droit et le numérique conduisent les directions juridiques à se réinventer, pour le meilleur, et à faire véritablement du droit une notion vivante.